Une école aux frontières du réel

Avec la crise sanitaire que nous traversons, le SNALC déplore que notre administration ait perdu le sens des priorités. Alors que les professeurs des écoles maintiennent la nation sous perfusion économique en bravant le virus et ses variants et en luttant chaque jour pour éviter ou repousser une fermeture sanitaire des écoles, des formations continues en présentiel perdurent par-ci par-là, les activités « piscine » ont été maintenues et imposées trop longtemps et le brassage prend ses aises avec l’accueil des élèves des professeurs malades non remplacés et les formations en constellations entre pairs.

La direction d’école et son chantier au long cours, avec notamment la persistance de l’indispensable projet d’école et des enquêtes, sont une illustration supplémentaire de cette perte de sens des priorités. Pourtant, le SNALC ne cesse de prévenir l’administration. La direction d’école ne tient plus que par un fil : le dévouement au service public. Mais ce fil va lâcher. Et les miettes de revalorisation salariale et de décharges ne suffiront pas. Le PAI nouvelle mouture n’adoucira pas l’atmosphère et reposera (encore) sur les épaules des directeurs d’école, avec bien plus de signataires à gérer et cela, toujours sans aide humaine. La prochaine fusion des corps d’inspection fait peser de lourdes menaces sur le dos de nos directeurs, qui devraient récupérer des compétences des IEN et pas forcément celles voulues. Mais qu’à cela ne tienne apparemment !

Notre ministère a quelque peu perdu le nord et notre école en ressort déboussolée. Les professeurs des écoles ont le sentiment d’évoluer dans un mauvais film depuis plusieurs mois. Notre ministre, producteur et metteur en scène de cette fiction cauchemardesque, donne des ordres, palabre à l’envi mais le décor s’effondre et les acteurs éreintés ne l’écoutent même plus. Pour finir, le Grenelle de l’Éducation sera venu confirmer nos doutes : les scénaristes des ateliers, spécialement recrutés par le metteur en scène – pour ne pas dire achetés par la production – ne possèdent pas pour la plupart les qualifications requises.

La rémunération est plus qu’au centre de nos revendications mais il suffit de lire la synthèse de l’atelier Revalorisation du Grenelle pour avoir envie de changer de film, tant la rémunération a perdu sa place de tête d’affiche. Elle s’y résume en fait à 3 axes relatifs à l’attractivité du métier. Et le 3e axe ose proposer de « mieux faire connaître au grand public les métiers de l’enseignement sous tous leurs aspects, et pas seulement le travail en classe devant les élèves, grâce à des spots publicitaires (pas uniquement en vue d’un recrutement), des émissions (TV, radio, net,) voire une série (TV, net), dont les enseignants seraient les personnages principaux (comme « l’instit » il y a quelques années). » Il faut le lire pour le croire.

D’ici à ce que l’on voit arriver sur nos écrans une série B avec des candidats de téléréalité interprétant des professeurs des écoles portant des vêtements de marque, dans des établissements flambant neufs avec secrétaires standardistes, concierges, rétroprojecteurs, TBI, tablettes pour tous et 15 élèves maximum, on se dit il n’y a qu’un pas.

Le scénario de la fiction annoncée n’est vraiment pas bon. Le SNALC, lui, n’a perdu ni sa boussole, ni le nord. Il est là pour vous défendre et continue de dénoncer cette mascarade médiatique. Nous ne les laisserons pas dire et écrire n’importe quoi sans réagir. Il est temps de réécrire le script.

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