SNALC83 : la lettre d’info du 26/09/2019

DÉJÀ RÉSIGNÉS !
Un décor de carton-pâte
Dans le monde merveilleux de l’Education nationale, on pourrait penser qu’après l’été, après des vacances bien méritées qui auraient permis de recharger les batteries, les enseignants se feraient une joie de retrouver leur classe pour de nouvelles aventures, de nouveaux élèves à instruire et à accompagner dans leur quête de savoir.

Comme chaque année, vos délégués du SNALC ont repris leur bâton de pèlerin pour arpenter les écoles du Var, afin de recueillir les sentiments et impressions de nos collègues en ce début d’année scolaire.

Malheureusement, et objectivement, le premier constat de nos visites nous a stupéfaits et inquiétés. Il tranche franchement avec le tableau toujours idyllique que font les médias de la rentrée scolaire, et dont se gargarise notre ministre qui choisit de déambuler dans ce tableau en trompe-l’œil qui n’existe pas. L’envers de ce décor, dont l’enchantement est monté de toutes pièces, a laissé place à la sombre réalité d’un conte où nos ministres maléfiques détruiraient chaque jour un peu plus, par leurs sortilèges de mesures néfastes, la beauté de notre métier. C’est avec stupeur et effroi que nous avons trouvé au bout de 15 jours d’école à peine des collègues résignés, fatigués, inquiets, révoltés, des directeurs et directrices déprimés et dépassés. Toutes ces âmes qui devraient être pleines de joie, de vie, et qui déambulent dans les couloirs de l’école, courbées par le poids des mesures annoncées, décidées, et pour certaines votées, en catimini pendant l’été.

Tous à l’école, coûte que coûte
L’obligation d’instruction à trois ans qui pourrait être une avancée certaine dans les quartiers qui en ont le plus besoin devient néfaste car précipitée. Les directeurs et directrices s’arrachent les cheveux à trouver des moyens et des personnels qu’on ne leur donne pas pour faire face aux lots de difficultés hygiéniques notamment. Des enfants se retrouvent à dormir à même le sol et à garder la couche pleine. A cette nouveauté, ajoutons l’interdiction des rentrées échelonnées pourtant bienveillantes sur deux jours à la rentrée des classes, sous couvert de sécurité.

L’inclusion légitime des élèves en situation de handicap continue de poser de gros problèmes dans nos écoles. Cette mesure, aussi louable soit elle à condition d’y mettre les moyens nécessaires, reste très compliquée à mettre en œuvre, et l’inaction coupable de nos gouvernants, avertis depuis des années, rend un certain nombre de situations de plus en plus intenables et explosives. Des enfants qui dépendraient d’IME surchargés se retrouvent à plein temps en ULIS et ceux qui pourraient s’épanouir dans ces classes spécialisées désintègrent involontairement, par leur comportement inadapté, des classes, des écoles entières. En effet, que faire pour un enseignant qui voudrait instruire les élèves de sa classe dans des conditions normales d’enseignement, quand un élève se met à hurler, courir de classe en classe, sauter de bureaux en bureaux ? Non, ces images de chaos que nous avons pu observer lors de nos visites, vous ne les verrez pas sur les chaînes d’information continue. Vous n’y verrez jamais notre ministre mis en porte-à-faux par de tels comportements. Tout est trop bien lissé, aseptisé dans ce tableau idyllique qu’on nous montre de l’école à chaque rentrée.

Des effectifs en vases communicants
Les effectifs explosent dans les classes. Il faudra bientôt pousser les murs. Voilà le premier bilan à tirer du dédoublement des CP et des CE1 en REP+. On en vient à créer des « REP moins » ! On constate déjà les limites de cette mesure à l’intérieur même de ces écoles : les autres classes franchissent la barre des 25 élèves par classe et les CP et CE1 qu’on nous avait vendus à 12 sont aujourd’hui à 16 voire plus. Et pensez-vous qu’on donnerait aux directeurs dans le désarroi un tant soit peu de bienveillance, et d’espoir ? Non. La hiérarchie aujourd’hui les envoie paître et préfère parfois garder les enseignants en surnombre nommés sur les circonscriptions après la rentrée plutôt que de les mettre à disposition des écoles.

Des dysfonctionnements sur fond d’amnésie
Aux flots de mails indigestes, les directeurs et directrices ne savent même plus donner un ordre de priorité, tellement l’afflux d’informations, parfois contradictoires dans la minute, devient ingérable. Que faire de directives qui vous arrivent le lendemain pour la veille ? Les auteurs de ces mails pourraient se rappeler du temps où ils subissaient également cette surcharge. Mais il semblerait qu’on oublie vite quand on travaille plus pour les chiffres de la circonscription que pour les élèves.

Une revalorisation sur un air de galoubet
Ce qui est peut-être une nouveauté en cette rentrée, c’est le mépris à peine voilé, de nos gouvernants. En plus de la désintégration de notre école publique laïque et républicaine chère à Jules Ferry, et à celle de l’ensemble des services publics, un certain nombre de grandes réformes annoncées vont un peu plus plonger l’ensemble de notre profession dans les abymes. En effet, alors que la machine médiatique à mensonges vient de se mettre en marche, affirmant qu’il est inexact de dire que les enseignants français sont moins bien payés que leurs voisins européens, notre bon ministre de l’Education nationale vient nous porter secours en nous offrant gracieusement une augmentation de trois cents euros brut annuels et pas mensuels, comme ces mêmes médias ont pu le dire. A cette aumône, il faudrait sauter de joie. Quelle générosité ! Mais ce pourboire n’est pas de son fait mais du gouvernement précédent, rappelons-le ! On est malheureusement bien loin du compte. La future réforme des retraites va dans le même sens. On nous culpabilise à nous répéter que nous vivons dans le pays d’Europe où nous travaillons le moins longtemps. Il va donc certainement falloir travailler plus et partir avec une pension sévèrement tronquée. En effet, au SNALC nos spécialistes s’alarment des conséquences de la réforme sur le pouvoir d’achat des futurs retraités de l’Education nationale. Celle-ci entraînerait à coup sûr une perte drastique de revenus. Pour nous consoler, il nous reste à penser aux vacances, en rêvant à un peu d’évasion pour oublier tout ce marasme. Mais leur cynisme ne s’arrête pas là et un récent décret prévoit la mise en place de stages de formation pendant les vacances, qui pourrait être obligatoires et gentiment rémunérés jusqu’à 200 euros pour 5 jours de travail. « Monsieur est trop bon ! » Oubliez vos réservations à l’avance vers un petit coin de paradis. Ces stages sont à la discrétion de l’IEN qui vous préviendra peu de temps avant et vous accompagnera gentiment en enfer !

Une trahison
Voilà le sombre tableau des réjouissances dressé pour cette nouvelle année scolaire. Face à tout cela, notre corporation semble totalement dépassée, résignée, en colère. Nos collègues se sentent profondément démunis, abandonnés et trahis par l’institution qui devrait les considérer et les protéger. Alors beaucoup se protègent comme ils peuvent, viennent en classe faire de l’alimentaire comme on dit, sans plus aucune conviction ni foi en ce qui les a animés jusqu’ici. Ils viennent, ils font, ils s’en vont. D’autres se mettent hors la loi, ne regardent même plus les directives et font ce qu’ils pensent être bon pour leurs élèves. Et tant pis pour ce qui leur arriverait. Ils ne veulent même plus y penser. Cette colère, cette résignation, cette ignorance et cette résistance silencieuse commencent à devenir de plus en plus palpables, à tel point que certains IEN, d’habitude assidus à faire la tournée des écoles le jour de la rentrée, ont trouvé une bonne excuse pour se faire oublier…

Une bien triste rentrée dans une école soi-disant bienveillante pour nos gouvernants, mais aujourd’hui malveillante pour ses usagers et ceux qui essaient tant bien que mal d’y travailler.

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