Programmes: le cycle infernal

Reçu en audience le 17 juin dernier par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) pendant près de trois heures, le SNALC a défendu une conception progressive et exigeante des programmes scolaires. Les projets proposés, qui vont du CP à la Troisième, sont dans l’ensemble loin d’être opérationnels. Espérons que nos analyses très détaillées et nos propositions soient prises en compte dans la version finale.
De manière générale, nous nous sommes élevés contre l’absence de repère annuels clairs dans la quasi totalité des programmes proposés. Cette logique «curriculaire» promet surtout de grands moments de réunion pour inventer l’eau tiède, au risque de s’ébouillanter dans le processus. L’articulation entre cycle 3 (CM1/ CM2/6éme) et cycle 4 (5ème-4ème-3ème) est un autre point d’achoppement majeur, car la continuité des quatre années de collège semble parfois n’avoir pas du tout été pensée. Nous avons tenu à éviter toute dérive qui pourrait entraîner la recréation d’un livret de compétences à partir du «volet 2 » des programmes, inventaire à la Prévert qui n’a en réalité aucun intérêt pour les collègues. Enfin, nous avons demandé à ce que l’on éclaircisse le statut de la colonne où figurent des démarches de mise en œuvre. Pour nous, ces dernières doivent être indicatives, et non contraignantes.

CYCLE 2 (CP-CE1-CE2)
La partie lecture-écriture est très appréciable, et même excellente.
De même, l’insistance sur la nécessité d’automatiser un certain nombre de processus ainsi que sur l’apprentissage du geste graphique est très rassurante. Hélas, sur la langue, on revient en arrière, dans la logique de l’Observation Réfléchie de la Langue. C’est le gros point noir des programmes de français d’une manière générale. La grammaire, uniquement utilitariste, devient vague et l’élève manquera de structuration. Le SNALC a demandé une refonte totale de la partie «étude de la langue».
En langues vivantes, le programme, très ambitieux, est en complet décalage avec les réalités de terrain et le manque de formation des professeurs des écoles.
Les programmes d’EPS et d’arts sont eux aussi très ambitieux : il y a nécessité de préciser les repères de progressivité, voire d’élaguer. Les activités proposées sont en décalage avec les installations sportives auxquelles ont accès les écoles.
En mathématiques, la logique à l’œuvre se rapproche de celle des programmes de 2002 : faible place du calcul mental, priorité donnée à la résolution de problèmes au détriment de la construction progressive des aptitudes mathématiques.
Il est à craindre que les élèves les plus en difficulté décrochent bien vite.
Enfin, la partie «questionner le monde» est très vague, et permet mal de savoir ce que le professeur est censé enseigner dans sa classe.

FRANÇAIS
Une modalité d’enseignement est clairement indiquée : la séquence pédagogique (de 2 à 4 semaines). Cela n’est pas acceptable. Si l’on affirme que l’on fait confiance aux professeurs sur les modalités de traitement des programmes, on ne peut pas imposer ce mode unique de fonctionnement. Le SNALC a demandé le retrait de toute référence à l’enseignement par séquences. Nous avons également signalé que la répartition des différentes activités proposée en cycle 3 est inapplicable en 6ème.
En lecture, programmer des séances de compréhension en primaire est très positif. En revanche, le flou est grand dans le choix des types de lecture. Il faut cadrer : on ne peut proposer un programme de français où l’on n’étudierait pas Molière, La Fontaine ou certaines époques. Cela relève de la culture patrimoniale : cela doit apparaître dans les programmes. Enfin, le grand retour d’une grammaire de l’énonciation à laquelle les élèves ne comprennent rien est une catastrophe. Pour le SNALC, il faut réfléchir à ce que l’on veut enseigner comme système grammatical. Sans une grammaire beaucoup plus sémantique («scolaire»), on va dans le mur.

MATHÉMATIQUES
Au cycle 3, l’absence de repères annuels générera des difficultés de mise en œuvre. Comme au cycle 2, on inverse la démarche logique en partant du complexe (résolution de problèmes) pour apprendre le simple. De plus, si l’importance du calcul mental est citée, il en reste peu de trace dans le programme, à l’inverse de la géométrie. Et l’absence de limites clairement posées (jusqu’où doit-on pousser les notions ?) laisse un champ trop grand à l’interprétation.
Au cycle 4, le programme s’oriente vers la formation d’utilisateurs du numérique au détriment de la réflexion. Le professeur est incité à l’utilisation des outils informatiques à 18 reprises. On note l’absence de notions importantes (développement/factorisation, systèmes d’équations, bissectrice…), d’obligation de calcul sur fraction, de précision sur les aires et volumes et l’introduction des racines carrées dans le seul cadre de Pythagore. On voit par ailleurs le retour de notions passées au lycée ou ayant disparu compte tenu de leur difficulté (rotation, homothétie, translation). Sans compter l’introduction de l’algorithmique qui risque de perdre bon nombre de collègues et d’élèves.

SCIENCES ET TECHNOLOGIE (CYCLE 3)
Le SNALC est opposé au regroupement opéré en classe de 6ème sur les disciplines scientifiques. La rédaction actuelle va au-delà de l’incitation au travail sous forme d’ElST : elle l’impose. De plus, ce programme est très pauvre au niveau notionnel et en inadéquation avec ce dont un élève de 7 à 10 ans est capable du point de vue méthodologique.
La formation méthodologique aurait dû être pensée tout au long des cycles 3 et 4 plutôt que de considérer une acquisition massive sur le cycle 3. Il convient de reprendre ici la réflexion tant le projet proposé est en décalage avec la réalité.

SVT (CYCLE 4)
Le programme est présenté sans repères annuels, sans limites clairement définies, avec 3 grandes compétences très artificielles attendues en fin de cycle. Certaines notions intéressantes y ont été intégrées (activité cérébrale, sommeil et mémorisation, monde microbien hébergé par le corps humain), et le glissement entre la 6ème et le cycle 4 rendent ce programme trop lourd. Cela sans compter l’absence dérangeante du système respiratoire, des bases de la production d’énergie par les cellules (base de la compréhension du fonctionnement du corps), des échanges entre mère et enfant lors de la grossesse et de la mitose.

PHYSIQUE/CHIMIE (CYCLE 4)
Un programme «Spartiate». L’ensemble tient sur 3 pages. Le corps du programme se résume en 29 mots et les attendus de fin de cycle ne permettent pas d’apporter les précisions indispensables aux professeurs et donc de prendre toute la mesure de chaque thème. On notera la quasi disparition de l’optique, de techniques expérimentales telles que la décantation, la filtration, et l’ajout de notions traitées actuellement en lycée (transformations et énergie nucléaires, propagation d’un signal, mouvement, interaction et force, transfert thermique).

TECHNOLOGIE (CYCLE 4)
Peu de changement par rapport au programme actuel : les modifications portent sur un réassemblage. Seuls les thèmes de support ont été changés. Ils laissent d’ailleurs bien trop de latitude sur le choix des objets d’étude.
Il ressort un sentiment d’inachevé lié à la dissociation entre l’objet d’étude, les compétences et connaissances à acquérir. « Il va falloir finir de construire le programme» est l’idée récurrente.

LANGUES VIVANTES
L’échange a beaucoup porté sur les attendus, tant en LV1 (excessifs) qu’en LV2 (insuffisants). Le cadre du CECRL est clairement entré dans les mœurs : il n’est pas toujours d’une grande précision (surtout qu’un seul programme englobe toutes les langues). Les attendus en grammaire sont parfois supérieurs à ceux des programmes de français (!).

ARTS PLASTIQUES/ EDUCATION MUSICALE
Les programmes font montre d’attendus parfois extravagants ainsi que d’un manque de cadrage certain. Le SNALC a regretté que les programmes n’aient pas, comme il l’avait recommandé, été pensés à partir d’un prisme commun (la chronologie en histoire, par exemple).

HISTOIRE-GÉOGRAPHIE
Loin des polémiques, nous avons été écoutés et entendus sur les problèmes posés par la mise en œuvre de thèmes facultatifs, ainsi que sur la lourdeur du programme d’Histoire de 4ème. Des garanties nous ont été données sur le fait que cela ne resterait pas en l’état,
et que les « incontournables ne pourraient effectivement pas être contournés. Des débats vifs ont eu lieu sur l’absence de géographie physique et sur l’omniprésence du développement durable à tous les étages. Des évolutions pourraient également avoir lieu sur ces points.

EPS
Sans surprise, il a beaucoup été question de terminologie (jargon-nante, absconse, voire ridicule). L’articulation entre les différents cylces est mauvaise: on a parfois l’impression de voir trois fois le même programme.

HISTOIRE DES ARTS/ EDUCATION AUX MEDIAS ET À L’INFORMATION
Ces programmes sans horaire et sans professeur n’ont aucune opérationnalité. Pour le SNALC, l’HIDA doit être intégrée dans les programmes disciplinaires. Quant à l’EMI, il doit être assuré par le professeur documentaliste, sur un horaire explicite.

POUR CONCLURE
Le défaut majeur de projets proposés est leur flou, notamment concernant les contenus. À de nombreuses reprises, nous avons demandé un cadre, des minima, des maxima, des connaissances attendues clairement exprimées, de réels repères de progressivité annuels. À l’inverse, certains programmes sont très contraignants au sujet de la manière d’enseigner, en opposition avec les intentions affichées de garantir la liberté pédagogique des professeurs. Si ces deux problèmes ne sont pas réglés dans la version finale, nous ne pourrons, hélas, pas espérer grand chose de la mise en œuvre de ces nouveaux programmes.

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