La médaille de l’ignominie

Au sortir de cette période de crise épidémique, vous pensiez peut-être que notre Ministère aurait enfin un peu de reconnaissance pour tout le travail accompli pendant la période de confinement puis de déconfinement. En effet, il convient de rendre à César ce qui est à César et de reconnaitre aux enseignants d’avoir permis au système de continuer de fonctionner et de ne pas sombrer dans le chaos… Nous avons en effet mis en place, sans aucune directive digne de ce nom et par nous-mêmes, avec nos propres et modestes moyens, la continuité pédagogique de nos élèves dans des conditions chaotiques. Certains sont allés, en prenant les risques que l’on sait, prêter main forte aux personnels prioritaires et en premier lieu aux personnels soignants, en accueillant leurs enfants. Les directeurs, dans l’urgence, ont dû raccourcir leurs nuits et « se faire des nœuds au cerveau », pour mettre en place et rendre faisables au sein de leur école des protocoles sanitaires de déconfinement abracadabrantesques.

Nous pouvions donc espérer que, dans le monde d’après, notre hiérarchie aurait enfin un peu plus d’humilité, d’humanité que ce qu’elle en avait pendant le « monde d’avant ». Évidemment, nous aurions dû nous attendre à ce que cela ne soit pas le cas quand on a pu entendre que « nous n’allions quand même pas nous demander pendant que nous étions en vacances de traverser la France pour ramasser des fraises gariguettes », aussi bonnes soient-elles… Toujours optimistes dans notre fort intérieur, nous avons cru enfin à un brin d’humanité et de reconnaissance trouvé ou retrouvé de leur part. Force est de constater au sortir de cette période qu’il n’en est rien ! Pire ! Les primes qu’on nous avait promises pour nous remercier de nos bons et loyaux services sont distribuées sans discernement et sans tenir compte des spécificités organisationnelles qu’ont pu mettre en place chacune des équipes. Nous avons été violemment vilipendés dans la sphère médiatique, nous taxant de décrocheurs alors que nous nous battions pour faire raccrocher nombre de nos élèves et ne pas les abandonner, eux vraiment en décrochage scolaire et social… Là aussi, nous attendions de notre hiérarchie une réplique à la hauteur du prof bashing que nous avons subi. Enfin nous pouvions espérer, comme pour d’autres professions, que nos conditions de travail soient revues sérieusement, que nos salaires soient revalorisés de façon conséquente. Les directeurs pouvaient espérer voir leurs revendications discutées depuis des mois pour ne pas dire des années, enfin satisfaites et voir concrètement le jour.

A toute cette montagne de revendications, nous sommes en train d’assister avec regret à l’accouchement d’une souris une fois de plus humiliée.

Tout ceci ne mérite en fait, selon eux, qu’une médaille !!! Et oui ! Vous avez bien lu : une médaille, vous sortant de ce doux rêve que je vous ai conté plus haut, pour vous faire rentrer dans le cauchemar de l’humiliation ! Plutôt que de l’assumer, notre ministère pousse le vice jusqu’à laisser cette initiative aux académies, aux ordres d’un claquement de doigts. Oyé ! Oyé ! braves enseignants, venez récupérer votre médaille, comme un enfant à la fin d’un tournoi. Il y en aura pour tout le monde et pour tous les goûts. N’attendez plus. Commandez dès aujourd’hui votre « badge agilité pédagogique covid 19 »: explorateur (trice); utilisateur(trice); passeur(euse); bâtisseur(euse) dans l’académie de Montpellier par exemple. Mais jusqu’où sont-ils capables d’aller dans l’humiliation ? Allez, encore un petit effort. Vous pourrez très vite trouver dans la boutique Education nationale le bonnet d’âne de l’enseignant décrocheur ou encore celui du ramasseur de fraises gariguettes !
Certains d’entre nous semblent se satisfaire d’une telle initiative et vont jusqu’à proposer des tags ou nuages, dans leurs mails, repoussant encore un peu plus les limites du masochisme.

Au SNALC Nice, nous refusons de courber encore l’échine. Assez de cette humiliation ! Nous méritons bien mieux. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de ce manque cruel de considération. Nous continuerons de rester debout, quand d’autres acceptent de se coucher, pour continuer de porter la reconnaissance humaine et salariale qui nous est due à notre juste valeur. Car, oui : nous valons bien mieux qu’une médaille !

Alors si comme nous, vous en avez soupé des brimades et exigez maintenant la reconnaissance humaine et salariale qui nous est due (car, oui, nous valons bien mieux qu’une médaille) sans plus attendre : respectez-vous, rejoignez-nous !


Ce système de badges a été lancé aussi dans l’académie de Nice.« Valoriser les compétences des enseignants
L’épisode sanitaire que nous venons de traverser vous a conduits à mettre en œuvre, pour vos élèves, de nouvelles compétences professionnelles, pour proposer des contenus à distance, animer des classes virtuelles, conduire vos élèves à collaborer, etc.
M. le Recteur a souhaité proposer à tous les personnels d’enseignement qui le souhaitent de valider leurs compétences dans ce domaine, par une modalité originale, associant auto-évaluation et open-badges. »

 

2 réflexions sur « La médaille de l’ignominie »

  1. Pourquoi ne pas proposer à M. le Recteur des badges originaux validant de façon innovante ses compétences, Fayoter, Enfumer, Soigner sa carrière ? Dessins à volonté

  2. Ignominie, Malveillance, Mépris,…..! Cependant ils savent là-haut, que certain(e)s, trop nombreux encore au détriment de notre corporation, s’enorgueilliront de recevoir cette médaille. Rivés à leurs petits écrans, il ne semblent malheureusement plus en mesure de s’indigner!

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