Les retraites des fonctionnaires

Nos collègues appréhendent évidemment la future réforme des retraites annoncée par le président de la République symbolisée par la phrase «un euro égal un euro» ce qui veut dire qu’il n’y aura plus aucune différence entre les Français et que l’on aura supprimé les 42 régimes de retraite différents. Tant qu’on ne sait pas de façon précise à quelle sauce nous serons mangés, un calme étrange continue de régner, mais il a suffi que M. DELEVOYE, le haut-commissaire à la réforme, fît une allusion à une éventuelle suppression des pensions de réversion pour que la tempête éclatât si fort que très vite M. DELEVOYE et plusieurs ministres furent obligés de multiplier les mises au point et tentèrent de rassurer le bon peuple, preuve s’il en était besoin que le feu couve, ardent et fort.

Alors que la réforme nous est annoncée pour le premier semestre 2019, rien ne nous en est encore dévoilé. Nous avons beau nous jeter sur les dossiers du Conseil d’Orientation des Retraites, nous ne sommes pas plus avancés : il est vrai que le Conseil n’est qu’un collège qui ne donne aucun conseil, et ses orientations n’en sont pas davantage. Il se contente d’établir des tableaux très complets où la démographie joue naturellement un rôle capital. On peut même se demander si le gouvernement aurait osé abaisser l’âge de la retraite en 1982 si le Conseil d’Orientation des Retraites, créé seulement en 2000, avait existé et produit ses prévisions économiques et publié ses évaluations démographiques.

Ces tableaux auraient montré le début de la baisse du taux de natalité et de l’indice de fécondité, éléments dangereux pour l’équilibre d’un système par répartition auquel les Français sont si fortement attachés. Aujourd’hui, ils savent qu’à terme et s’il ne se produit aucune hausse du taux de fécondité ni de natalité, la retraite d’un Français sera payée non plus par trois ou quatre personnes, mais par moins de deux personnes, ce qui paraît insupportable.

C’est dans ces conditions que le C.O.R. s’intéresse aux rémunérations des fonctionnaires en soulignant que les fonctionnaires de l’État n’ont pas de caisse de retraite : le fameux versement pour pension civile (10,56% en 2018, 10,83% en 2019 et 11,10% en 2020) n’est versé nulle part! L’État le garde dans le budget général ; c’est pourquoi nos pensions proviennent directement du budget de l’État (à hauteur de 74,28%) alors que les caisses de retraite du privé sont alimentées par les employeurs et les salariés (AGIRC, ARRCO).

Mais alors que les personnels du privé voient prises en compte leurs primes et leurs indemnités, les primes des fonctionnaires ne sont nullement prises en compte. Or, avec la future réforme des retraites, on prendrait en compte désormais nos primes et nos indemnités dans le calcul de nos pensions.

Le C.O.R. douche nos espoirs : les primes des fonctionnaires ne représentent qu’une très faible part de nos traitements. En fin de carrière, la part des primes chez les fonctionnaires est passée de 17,5% en 2009 à 19,6% en 2015. Pour la catégorie B, la part des primes est passée de 23,5 % en 2009 à 25,9 % en 2015 ; pour la catégorie A de 11,4% à 12,1 %; pour la catégorie A+, de 39% à 41,8%. De tels chiffres peuvent donc faire croire qu’il suffit dans la future réforme des retraites d’englober «nos primes» pour nous satisfaire. Grossière erreur ! Les professeurs ne touchent que des primes très faibles. Même si le C.O.R. reconnaît cette faiblesse, il se garde de la chiffrer. En réalité, la seule indemnité attachée au salaire que touchent les professeurs est celle de l’ISOE, dont le montant est ridiculement bas, 4%.

En conséquence, si demain les primes sont intégrées dans le calcul du droit à pension, ce sont bien les professeurs qui seront les plus grands perdants… sauf à multiplier le nombre des heures supplémentaires. Autrement dit, le seul moyen d’espérer un montant de pension suffisant consisterait tout simplement à faire travailler les professeurs beaucoup plus.

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